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mercredi 3 février 2010

Le flic, la blonde et les parachutes


Ca y est. Rien ne va plus dans le microcosme politique de Seine Saint-Denis. La liste UMP pour les régionales a enfin vu le jour dans la douleur dans le département. Avec un coup de théâtre en guise de cerise sur le gâteau: à la place de Patrick Toulmet, élu valdoisien (cherchez l'erreur), d'abord désigné pour conduire la liste, un autre nom nom est sorti du choixpeau magique: celui de Bruno Beschizza, secrétaire général du syndicat de police Synergie, en poste à Rosny-sous-Bois.

Inutile de dire que les dents grincent et que l'émail s'use du côté des élus locaux.

"Le 9-3, c'est Sainte-Mère-L'Eglise", entend-on ricaner ça et là. Le parachute de Toulmet s'est en effet accroché en haut de la construction fragile qu'est la campagne de l'UMP pour les régionales. Le parachuté a glissé sur l'ardoise polie mais pentue du carriérisme politicard local, et c'est celui de Beschizza qui s'est ouvert avec plus de fortune.

Pour la petite histoire, la droite locale a versé dans la querelle de clocher (c'est le cas de dire). Cependant, il ne faut pas s'y tromper, c'est du bordel organisé. Le grand ordonnateur du désordre ambiant? L'ineffable défenseur du devoir de réserve pour les écrivains français et expert incontesté de la distillation de fiel: Eric Raoult, que je ne présente plus.

Au départ, il avait choisi le mauvais cheval: Roger Karoutchi en avait fait son porte-parole lors de la primaire qu'il l'avait opposé à Valérie Pécresse pour la désignation de la tête de liste régionale l'an dernier. La campagne s'était arrêtée quand à l'issue du premier débat au Raincy, Raoult avait fait en sorte d'humilier Pécresse en remplissant la salle de de jeunes karoutchistes bariolés et exaltés.

Cela n'a servi à rien puisque la Ministre de l'Enseignement Supérieur a remporté la tête de liste régionale. Rien d'étonnant d'ailleurs, pour une femme qui semblait maîtriser ses dossiers, face à un homme qui les connaissait sans doute mieux qu'elle, mais qui a préféré se saborder en rabâchant un one-man-show d'inspiration pagnolo-pasquaiesque à chaque meeting. La bonhomie provençale ne paie plus en Ile-de-France.

Bref, Raoult avait choisi le perdant et au lieu de faire contre mauvaise fortune bon coeur, il a préféré entrer en guerre larvée contre une ministre. Quitte à faire perdre son camp. Il a d'abord découragé toute candidature locale en Seine Saint-Denis. Et oui, en tant que président de la fédé UMP, il reste le grand patron des investitures. Tout élu qui tient un tant soit peu à voir reconduire son mandat s'est bien gardé de lever la main quand il a demandé s'il y avait des candidats pour la tête de liste départementale. Il s'est ensuite présenté comme l'Unique, le Sauveur, le seul à pouvoir faire le job. Alors même que, touché par le cumul de mandats, il aurait du démissionner sitôt élu. Mais il n'en est pas à une farce près. Bien entendu, Pécresse n'en a pas voulu et a tenté de débaucher en douce des élus du coin hostiles au député-maire du Raincy. Simplement, en politique, si on n'est pas sûr d'achever quelqu'un du premier coup, surtout plus puissant que soi, il ne faut pas prendre le risque de le blesser. Personne n'a suivi. Du coup, il restait la solution du parachutage, bien pratique pour Raoult qui avait besoin d'un prétexte pour traîner des pieds sans que cela passe pour du racisme anti-blondes primaire. Du coup, ce fut Toulmet qui fit le bouche-trou en attendant que Beschizza, le choix du Château, soit disponible, élections syndicales obligent.

Raoult a tout de même eu gain de cause sur quelques winners: les brillants conseillers généraux UMP sortants en Seine Saint-Denis, à savoir la fantomatique Martine Valleton, n°4 sur la liste, casaque bleu foncé (plus personne ne se souvient de son visage), le gentil Alain Ramadier, n° 11, casaque bleu foncé (trop gentil sans doute) et le maire de Rosny-sous-Bois, Claude Pernès, n° 5, casaque bleu clair, que l'on sait gravement malade. Le Nouveau Centre tire la campagne à bout de bras depuis le début (et les marrons du feu) avec en n°2, casaque bleu clair aussi, l'épouse du député-maire de Drancy, Aude Lavail-Lagarde. Toulmet n'est pas totalement évincé puisqu'il conserve la place n°3. Même Kamel Hamza, l'assistant parlementaire d'Eric Raoult, qui pleurnichait récemment sur C+ (voir le post du 18 janvier dernier) que Pécresse faisait fi des candidats issus de la diversité, décroche tout de même la 7ème place. Pour un pauvre renégat, ce n'est pas si mal...Seule surprise sur cette liste, l'absence de Madame Raoult, que l'on s'attendait à trouver en embuscade, tapie derrière son masque de blush. Mais ça aurait obligé son mari à faire campagne...

En résumé, parmi les 5 premiers de la liste, éligibles en cas de défaite, on trouve...une seule UMP, en n°4, en la personne de l'ex-maire de Villepinte, qui avait pourtant disparu des écrans radar du microcosme politique local depuis quelques années.

Avec ça, dépasser les 20% dans le département tiendrait du miracle, surtout qu'en face, Abdelhak Kachouri (PS) et Stéphane Gatignon (Europe Ecologie), s'ils ne font pas une campagne exceptionnelle, font au moins l'unanimité dans leur propre camp.

Et ce n'est pas en qualifiant la campagne de Pécresse de concours de beauté que le député-maire du Raincy risque d'élever le niveau.

Je crois qu'en général, on a les politiques que l'on mérite...Mais là, tout de même...

lundi 18 janvier 2010

De la diversité en politique


Anne-Sophie Lapix anime tous les dimanches une excellente émission politique, en clair sur Canal +, "Dimanche +". Au premier abord, on songerait plutôt à elle pour retourner les lettres à "La Roue de la Fortune". Mais il ne faut pas se fier à son physique de Barbie girl. C'est une des plus redoutables journalistes politiques de la chaîne. Ses questions ne sont jamais complaisantes. Contrairement à d'autres, elle ne sert pas la soupe à ses invités avec des interviews construites dans le seul but de leur permettre de faire leur com'. J'entendais récemment une journaliste radio, prétendument objective, demander à un responsable politique de gauche si selon lui, la suppression de la taxe professionnelle allait conduire à une "recentralisation" et à un amoindrissement de la démocratie locale...Bien évidemment, vu sous l'angle de la "suppression" et non de la "réforme", on ne peut que répondre "oui, bien sûr" à la question posée...Le travail du journaliste ne serait-il pas justement d'interroger la pertinence d'un discours politique plutôt que de se borner à le relayer?

Anne-Sophie Lapix, à ce titre, est au-dessus de la mêlée. Face à des invités qui manient souvent très bien la langue de bois, elle a l'art de mettre en relief les discours télécommandés et les "clefs de langage" qui structurent les interventions de nos politiques. Les réponses tournent en rond, esquivent le sujet et se font de moins en moins cohérentes et précises. L'invité est piégé: il a répondu à côté de la question et tout le monde s'en est aperçu. Ce dimanche, Jospin n'a pas échappé à la règle. Anne-Sophie Lapix l'a interrogé sur une déclaration d'Eric Besson, qui disait que la raison principale de l'échec du PS en 2002, ça n'avait pas été de surestimer le bilan des cinq années précédentes, mais de s'être coupé du peuple et des sujets de préoccupation des citoyens. Besson est peut-être un homme qui a retourné sa veste, mais l'analyse est plutôt juste et continue à être d'actualité. Le PS préfère refuser de débattre sur un sujet qui fâche, en prenant le risque de voir émerger à nouveau un vote FN dans un prochain scrutin, plutôt que de mettre ledit sujet sur la table en exposant ses idées et ses propositions. Exactement ce qu'ils avaient fait en 2002. Et Jospin, plutôt que de répondre à la question posée, rétorque qu'il ne parle plus d'Eric Besson et qu'il préfère commenter l'affaire Mrs Robinson en Irlande du Nord. Pathétique pirouette d'un homme politique qui n'en finit pas de ne pas comprendre qu'on ne peut gouverner si l'on méprise les inquiétudes des citoyens.

Le débat sur l'identité nationale est peut-être dicté par l'exécutif, pour des raisons politiciennes. Certes. Il n'empêche qu'en démocratie, c'est la majorité au pouvoir qui fixe l'agenda. Pas moyen de s'y soustraire, que ce soit sur les bancs de l'Assemblée ou dans les journaux. Refuser un débat au motif qu'il pourrait véhiculer des prises de position racistes, c'est laisser le champ libre à la diffusion de ces opinions. C'est également sous-entendre que le seul fait d'évoquer ce qui fonde l'appartenance à un peuple fait de vous un horrible facho-nationaliste. Pas étonnant que des milliers de gens se détournent d'un parti qui pratique le délit d'opinion. Oui, on peut parler d'identité française sans être nationaliste et sans vouloir exclure les Français d'origine étrangère de la nation. Le peuple français de 2010 n'est pas celui de 1950. On peut être Noir et Français, musulman et Français, asiatique et Français, avoir un patronyme à consonance portugaise et Français. Il serait peut-être bon de le dire haut et fort, non?

Pour revenir au sujet qui m'intéresse, je vous invite à visionner l'interview de Lionel Jospin et du reportage qui la précède, en suivant ce lien.

On y parle de diversité en politique et on loue les socialistes qui auraient enfin compris qu'il était "impossible de gagner une élection en négligeant les communautés" (sic). Que je rassure tout de suite Canal + et ses téléspectateurs, ça fait longtemps que le PS, comme tous les autres partis, pratique le clientélisme, que ce soit à destination des profs, des cheminots, des étudiants, etc...La seule nouveauté ici, c'est qu'il ne chouchoute plus une catégorie socio-professionnelle en particulier, mais des "communautés". Est-ce meilleur pour la démocratie?...

En effet, le PS a investi deux têtes de listes issues de la diversité pour les régionales en Ile-de-France, Ali Soumaré, élu de Villiers-le-Bel (95) et Abdelhak Kachouri, maire-adjoint à Saint-Ouen (93). J'aime beaucoup Canal + et j'ai dit dans les lignes qui précèdent tout le bien que je pense de cette émission. Néanmoins, le message qui passe dans ce reportage est: "on investit des Blacks et des Rebeus pour aller chercher l'électorat des cités et les communautés". Messieurs Soumaré et Kachouri, vous êtes donc, selon Canal +, la caution "arc-en-ciel" du Parti Socialiste. Ne vous attendez donc pas à représenter un jour les citoyens de cette région et de ce pays. Vous ne représenterez que la frange "communautaire" car vous avez été élus pour ça. Parlez de sécurité urbaine et d'animation de quartier, c'est votre milieu, c'est ce que vous connaissez. Et laissez les énarques et les sciences poteux blancs proposer leurs idées sur l'éducation, sur les finances, sur la dette publique, sur l'emploi et le développement économique. Ne sortez pas de votre quartier en somme, vous ne représentez pas la France. Seulement ses banlieues...

Je déplore ce genre de reportage qui, sous couvert de louer l'ouverture à la diversité de la politique, continue à enfoncer dans la tête des citoyens une idée extrêmement gênante à mes yeux: un Noir ou un Arabe n'est bon qu'à parler des cités, et les habitants de ces cités ne peuvent faire confiance qu'à l'un "des leurs".

Quant aux interviews des journalistes du côté de l'UMP, c'est assez risible aussi: ils vont interroger Kamel Hamza, qui se plaint de ne pas avoir été choisi pour représenter la diversité sur la liste UMP en Seine Saint-Denis. Fort heureusement, a-t-on envie de dire, quand on a déjà approché le bonhomme. Il faut préciser, pour bien faire, que l'énergumène est l'attaché parlementaire d'Eric Raoult, dont j'ai déjà eu l'occasion de narrer les aventures sur ce blog. Ledit Raoult a juré d'être Ministre de l'Outremer et rêve chaque nuit de voir la blonde Pécresse perdre les élections régionales et choir de son piédestal. L'amer constat d'Hamza n'a donc rien à voir avec la diversité politique. C'est Raoult qui tacle Pécresse par le truchement de sa marionnette.

Le choix des candidats pour une élection devrait être motivée non par la couleur de peau, l'origine "communautaire" ou le sexe des gens, mais bel et bien par leur compétence et leur envie d'être au service de l'intérêt général. Je ne doute pas un seul instant que ce soit le cas d'Ali Soumaré et d'Abdelhak Kachouri, légitimes dans leur parti et dans leur ville. Mais le travail d'un media sérieux serait de rappeler que cette légitimité vient de leur travail d'élu et de militant, et pas de leur origine ethnique et/ou sociale.

mercredi 2 décembre 2009

Ile-de-France 2010: le jeu des chaises musicales


Je vais encore une fois ici parler de politique, mais vous aurez deviné que c'est mon dada. Je veux bien m'essayer à un post sur le football ou les courses de Noël, mais ma pertinence (oui, j'ai la faiblesse de penser que je maîtrise un peu mon sujet) en serait réduite d'autant.

Aujourd'hui, nous allons donc étudier les têtes de liste et les cailloux qui, ça et là, vont aller se loger dans les chaussures de nos chers politiques.

Présentons tout d'abord les forces en puissance:

- A gauche, le président sortant de la région est Jean-Paul Huchon (dit Polochon), ancien directeur de cabinet de Michel Rocard à Matignon, ancien maire de Conflans Sainte Honorine (Yvelines), en place dans le fauteuil depuis 1998. Malgré un CV plutôt bien rempli, le charisme ostréicole de Polochon peine à se faire une place au soleil parmi les ténors socialistes franciliens. Côté casseroles, ça n'est pas encore le pedigree de Jacques Chirac, mais ça n'est pas reluisant non plus. Le 21 novembre 2008, Jean-Paul Huchon a été condamné en appel à 6 mois de prison avec sursis et 60 000€ d'amende pour prise illégale d'intérêts lors de marchés publics. Pour faire simple, le Conseil régional avait fait appel entre 2002 et 2003 à des sociétés de com' qui employaient...la propre femme de M. Huchon! La sentence en première instance contenait une peine d'inéligibilité qui a été abandonnée en appel.

- A gauche aussi, Cécile Duflot, la nouvelle égérie des Verts. A 34 ans, l'adjointe au maire en charge de l'urbanisme de Villeneuve-Saint-George (Val-de-Marne) est actuellement le poil à gratter de Polochon. Grâce à "Europe Ecologie", le rassemblement monté pour les européennes de 2009, réunissant toutes les formations, associations et personnalités sensibles aux problèmes environnementaux, elle a fait sortir les écolos de l'image de gentils rêveurs fumeurs de pétards et mangeurs de légumes bio où les avaient jetés les José Bové et Noël Mamère. La nouvelle crédibilité des Verts, c'est elle. A tel point qu'elle ne craint pas de faire cavalier seul pour les régionales, forte du récent succès d'Europe Ecologie aux européennes, ce qui ennuie beaucoup ses amis socialistes. D'habitude, ces derniers réservaient la portion congrue aux écolos, en leur remontrant qu'ils n'atteindraient jamais les 5% des voix nécessaires pour pouvoir fusionner les listes après le premier tour. Résultat, les Verts négociaient une ou deux places éligibles sur la liste socialiste. Ces derniers, magnanimes, leur concédaient une vice-présidence en cas d'élection. Là, le récent succès électoral d'Europe Ecologie aux européennes perturbe sérieusement la donne. Les socialistes risquent de se retrouver en position de quémandeurs de sièges, et ça file des cauchemars à Polochon...

- A droite, Valérie Pécresse, la rescapée de primaires à l'UMP qui ont failli tourner au pugilat. Cette surdouée, ancienne élève d'HEC et de l'ENA, est Ministre de l'Enseignement supérieur depuis 2007. Elle est députée des Yvelines et conseillère régionale. Pécresse prône le renouvellement politique, ce qui fait grincer pas mal de dents à l'UMP, et notamment les dentiers des vieux barons du RPR.
Côté casseroles, pas grand chose si ce n'est un début de campagne poussif, voire même comique.

- Côté centristes, André Santini, pour le Nouveau Centre, a fait alliance avec l'UMP en négociant plutôt bien quelques têtes de listes départementales.
François Bayrou, pour le Modem, nous a sorti de son chapeau orange un illustre inconnu, issu de la société civile, Alain Dolium. Le pauvre novice va se faire manger tout cru par les fauves lâchés dans l'arène de la campagne électorale. Déjà, les médias et le Mouvement Démocrate trouvent formidable qu'il soit noir, ce qui augure un cortège plutôt fourni en vexations, remarques acerbes et a prioris en tous genres. Pour promouvoir la diversité, en politique comme ailleurs, rien n'est plus efficace que de faire comme si c'était tout à fait normal qu'un noir, une personne d'origine asiatique, zouloue ou iroquoise occupe des foncions importantes. Car ça l'est. Est-ce qu'on fait campagne sur la couleur de cheveux de Valérie Pécresse? Non. J'espère sincèrement qu'on ne verra de cet homme que sa couleur politique, pendant cette campagne, mais j'en doute...

Côtés listes départementales, quelques couacs:

- Rama Yade, sommée de se parachuter dans le Val d'Oise (il est vrai que l'énarque et la fille de diplomates qu'elle est aurait sans doute fait couleur locale à Enghein-les-Bains ou à Montmorency...), a tenu bon et sera finalement en lice dans les Hauts-de-Seine, son département.

- Julien Dray, député socialiste de l'Essonne est aujourd'hui le pestiféré de son mouvement. Conseiller régional sortant, vice-président en charge de la Jeunesse, il fait l'objet d'une enquête judiciaire pour abus de biens sociaux. Julien Dray, amateur de jolies choses et notamment de montres de luxe, semble avoir eu quelques soucis à gérer ses revenus par le passé et s'être servi de plusieurs associations pour traverser une mauvaise passe financière. L'enquête est toujours en cours. Dray ne nie pas être un mauvais gestionnaire de ses biens personnels et un flambeur, mais il réfute les soupçons de détournements de fonds publics.
Néanmoins, un député socialiste amateur de bling-bling et soupçonné de fraude pour maintenir un train de vie de nabab, ça fait tache chez ses camarades. Dray a eu beau protester, brandir la présomption d'innocence, rien n'y a fait. Il ne figurera pas sur la liste socialiste dans l'Essonne. Chez les roses, on peut être riche, mais il ne faut surtout pas que ça se sache...

- En Seine-Saint-Denis, le député-maire du Raincy bien connu des lecteurs de ce blog a encore fait son Raoult. Après s'être assuré que personne ne briguerait la tête de liste UMP dans le département (personne n'est assez fou pour s'opposer au patron de la fédé départementale, grand gardien des investitures), il s'est posé comme le superhéros qui s'y collait pour sauver son territoire d'un parachutage fort mal venu.
Sauf qu'en haut lieu, personne n'en veut, pas plus Pécresse que le Château. Résultat: le choixpeau magique de Valérie Pécresse a sorti...Patrick Toulmet, président de la Chambre de Commerce et d'Artisanat de Seine-Saint-Denis, sans étiquette, élu municipal d'opposition à Sarcelles. Oui, je confirme, Sarcelles n'est pas en Seine-Saint-Denis, mais dans le Val d'Oise. Le plus drôle, c'est que la nouvelle tête de liste départementale de l'UMP se répand en louanges dans la presse sur l'action de...Polochon, notre actuel président de région, socialiste, vous vous rappelez? Polochon, il ne fait pas campagne et il a bien raison: l'opposition le fait pour lui!
Côté rouges (je rappelle que le 93 est un ancien fief communiste), ça sent le sauve-qui-peut général, entre ceux qui guignent du côté du Parti de Gauche de Mélenchon, et ceux qui, à l'instar du jeune maire de Sevran, Stéphane Gatignon, en ont marre d'attendre que Marie-George fasse sa Perestroïka et vont proposer bruyamment leurs services à Europe Ecologie...

A suivre donc, puisque la composition des listes va bientôt être connue.

Détail important: les élections régionales auront lieu les 14 et 21 mars 2010.

mardi 10 novembre 2009

Eric Raoult ou celui qui fait toujours trop


Eric Raoult, député de Seine-Saint-Denis, a cru encore une fois faire assaut de subtilité et de finesse, en demandant par écrit au Ministre de la Culture ce "qu'il comptait faire" concernant les propos "inacceptables" que Marie NDiaye, notre prix Goncourt, a tenu au magazine les Inrocks.

Pour savoir de quoi il s'agit, suivez ce lien: http://bibliobs.nouvelobs.com/20091109/15794/eric-raoult-rappelle-marie-ndiaye-a-son-devoir-de-reserve

Eric Raoult, il fait un peu penser au fayot, dans une classe. Celui qui en fait des tonnes pour plaire au professeur et qui ne parvient pas à se faire aimer. Raoult, à chaque fois qu'il fait quelque chose, il est à côté de la plaque, c'est plus fort que lui.

Janvier 2009: les primaires au sein de l'UMP commencent pour désigner la tête de liste aux élections régionales 2010. Eric Raoult a été désigné porte-parole de campagne de Roger Karoutchi, l'ancien secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, et actuel président de l'opposition au sein du Conseil Régional d'Ile-de-France.

Le premier débat doit se tenir au Raincy, fief de notre député-fayot.

A l'UMP, le mot d'ordre est clair: on n'est pas le PS, on peut désigner un candidat à une élection sans que ça devienne la foire d'empoigne. Il faut apparaître unis.
Pour les débats qui sont prévus (un par département au départ), pas question de se déplacer avec des cars de supporters de l'un ou l'autre candidat. On sortira les t-shirts et les banderoles plus tard, quand le candidat aura été désigné. En attendant, on vient écouter sagement ce que chacun a à proposer.

On ne sait pas ce que Raoult n'a pas compris dans le mot d'ordre. Toujours est-il qu'au Raincy, devant les journalistes, ont débarqué des dizaines de militants arborant les couleurs de Roger Karoutchi, manifestant bruyamment leur enthousiasme et surtout, leur réprobation à l'endroit de son adversaire. Pécresse s'est faite insulter par des militants UMP devant les caméras et ça, elle ne l'a toujours pas digéré.

Le Président de la République non plus, d'ailleurs, à qui des bruits de couloir attribuent des mots très durs à l'endroit d'Eric Raoult. "Passez-moi ce connard! aurait-il demandé à un de ses collaborateur le soir du débat, avant de souffler dans les bronches dudit connard par combiné interposé.

Juin 2009: Eric Raoult est nommé rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur le port de la burka. Tout le monde s'attend à un dérapage car le député n'est pas avare de bons mots. Il s'est d'ailleurs fait décerner le "Y'a bon award", récompense teintée d'humour noir qui couronne les propos et attitudes les plus racistes, "pour l'ensemble de son oeuvre". Non qu'il soit particulièrement xénophobe, mais il ne rate pas une occasion de faire parler de lui, et ce genre de sortie laisse plus de traces dans les médias qu'une position consensuelle.

Et pourtant, rien. Raoult travaille sur le port de la burka dans le plus grand silence. Que se passe-t-il? Songerait-il à se faire pardonner ses incartades du début d'année? Se voit-il encore ministrable? Il a souvent parlé de l'outre-mer ces derniers temps. "La Poissonnière" (le surnom de son épouse, qui est également sa collaboratrice, dans les couloirs de l'Assemblée Nationale) a-t-elle envie de parfaire son bronzage au soleil des Antilles?

Et hier, patatras. Eric Raoult, croyant défendre l'honneur bafoué du Président, s'indigne sur les propos d'un écrivain et demande en filigrane au Ministre de la Culture de la faire rentrer dans le rang.

Le problème, c'est que Marie NDiaye, jusqu'à preuve du contraire, n'a pas sa carte à l'UMP. Il a du la confondre avec Rama Yade. Que voulez-vous, ces jeunes femmes noires, elles se ressemblent toutes et il commence à en avoir beaucoup, ça ne va pas. Ce n'est pas Hortefeux qui le contredirait là-dessus, du reste.

Blague à part, ce fameux "devoir de réserve" qui devrait sous-tendre les propos médiatiques d'un lauréat du Goncourt n'existe pas. Ni en droit, fort heureusement, ni en fait. On se demande ce qu'aurait dit Raoult si Eric Zemmour avait eu le Goncourt (ça reste heureusement improbable) et qu'il s'était répandu en louanges et dithyrambes sur l'action du Président de la République à longueur de colonne dans le Fig'. Ce qu'il fait déjà, remarquez, mais il n'a pas eu de prix littéraire.

Aurait-il invoqué le devoir de réserve pour faire taire les traits de plume admiratifs et transpirants d'admiration du chantre de la Sarkozie? Lui aurait-il demandé de modérer ses transports au nom du devoir de réserve? C'est peu probable.

Eric Raoult a encore provoqué la consternation de tous, plus particulièrement dans son propre camp. L'UMP commence à se demander s'il n'est pas un transfuge socialiste, tant ses interventions ont furieusement tendance à embarrasser la droite. C'est une nouvelle pierre dans le jardin de l'Elysée, qui s'en serait bien passé, après l'affaire Jean Sarkozy, la fronde de Rama Yade et de Jean-Pierre Raffarin, soutenu par le sénateur-maire des Pavillons-sous-Bois (93), Philippe Dallier et les fuites sur les pressions exercées sur les Guignols de l'Info.

Philippe Dallier, d'ailleurs, fait l'objet d'un article de Marianne cette semaine, qui en fait un "héros qui défie le Président".

Eric Raoult a du être jaloux de son voisin. Lui aussi veut sa double page dans Marianne...Mais bon, pour l'Outre-Mer, il repassera...